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Laurent Cabrol : « Comment ça, il n’y a plus de saison ? »

Par Julie Hervault Le 1 octobre 2021
changement de saison laurent cabrol

Présentateur de la météo pendant trente-cinq ans, Laurent Cabrol a vu les phénomènes météorologiques évoluer, et avec eux notre rapport à l’environnement. Encore aujourd’hui, il garde un œil sur les cartes et sur la santé de la planète. Interview.

 

Vous avez présenté la météo pendant plus de 30 ans, c’est quelque chose d’important pour les Français ?

Laurent Cabrol : Les Français en usent abondamment, ils vivent avec ! Il faut dire que les prévisions météorologiques se sont largement améliorées avec le temps. Aujourd’hui, la météo à 5 ou 10 jours c’est normal, mais il y a 35 ans, on me disait que j’étais un prédicateur. J’avais pourtant une technique : je captais les messages envoyés par la marine américaine à leurs navires de guerre présents dans les eaux européennes, car eux étaient déjà très en avance ! Aujourd’hui, la météo à 3 jours est tellement fiable – c’est de l’ordre du 90% - que j’ai vu des patrons d’hôtels s’en plaindre. Des gens annulent deux jours avant si les prévisions sont mauvaises...

 

Portrait de Laurent Cabrol

 

Le climat, c’est sur une échelle bien plus longue, c’est ça ?

Laurent Cabrol : Le climat, c’est la perspective du temps qu’il fera dans 10, 15 ou 30 ans. Les gens sont obligés d’y être sensibles compte tenu des enjeux actuels dont ils entendent beaucoup parler. Mais ce n’est pas facile à appréhender car pour vous donner un exemple, on a eu un été plutôt ordinaire en France, mais très chaud en Russie. L’échelle de temps est différente, mais l’échelle géographique également puisque le phénomène est global.

 

La formule « il n’y a plus de saison » que l’on entend régulièrement, qu’en pensez-vous ?

Laurent Cabrol : Cela me fait toujours rire. Comment ça il n’y a plus de saison ? Elles existeront toujours, ne serait-ce que parce que les saisons ne se résument pas à la température qu’il fait. Il faut prendre en compte la durée des journées : si elles font 7 ou 15 heures, ça n’a pas du tout le même effet sur la photosynthèse, sur la température, sur la faune, sur la nature d’une manière générale.

 

En 35 ans, comment avez-vous vu évoluer les phénomènes météorologiques ?

Laurent Cabrol : Quand j’ai commencé il y a 35 ans, mon professeur de météorologie me disait : « on va vers une période de froid » ! Et il s’est avéré que c’est l’exact inverse qui se produit. Ce que j’observe au travers des cartes météo, ce sont des situations de blocage. On voit des anticyclones qui restent bloqués au-dessus de la France pendant trois semaines, ou inversement de la pluie qui s’installe chez nous pendant plus longtemps qu’avant. Du coup, quand il fait chaud, c’est de plus en plus accru du fait de ces situations de blocage. Cela n’existait pas dans ces proportions auparavant. La France est décrite comme un pays « tempéré » justement parce que les systèmes météorologiques s’y succèdent, alternent.

 

Face à ces phénomènes globaux, que faire de plus ?

Laurent Cabrol : Il faut que l’on étudie, et que l’on comprenne mieux ce qui se passe dans les océans. C’est deux tiers de la planète, et il s’y passe des tas de choses que l’on ne comprend pas encore suffisamment. Pourtant, leur rôle dans l’absorption du carbone est primordial. Les océans, c’est le carburant de l’atmosphère ! Actuellement, la terre vit sa vie, et mal parce que les hommes n’agissent pas bien. Si l’écologie ne va pas bien c’est que l’homme ne se comporte pas bien. Et s’il ne réagit pas, la terre va réagir contre lui. L’homme peut réduire son train de vie, c'est vrai, et il est en train de le faire. Et s’il y arrive, alors la terre nous laissera respirer.

 

À quoi pensez-vous ?

Laurent Cabrol : Aux gros pollueurs en premier lieu. Les Français, eux, font déjà beaucoup d’efforts. Mais aujourd’hui, beaucoup d’actions écolo nous permettent de faire des économies et d’alléger le porte-monnaie. Les économies d’énergies par exemple permettent d’allier gestes écologiques et économies bien réelles. À mon niveau j’essaye de faire le plus de choses possibles, je fais mon miel, j’ai mes poules, je fais mon vin, j’ai mis un panneau solaire pour ma pompe à chaleur... Attention, il n’y a pas de « sacrifice » de sa personne à faire, simplement faire de son mieux. À une échelle un peu plus large, je pense souvent à l’éclairage de nos villes et villages. Selon moi, on éclaire beaucoup trop à des heures où il n’y a plus personnes dans les rues. Les oiseaux viennent se heurter aux poteaux trop éclairés, alors que des solutions, notamment d’éclairage intelligent en fonction du trafic, permettent de maintenir le niveau de sécurité. Il y a énormément de possibilités dans l’Hexagone pour faire des économies d’énergie !

 

Crédit photo : D.R - compte Facebook de L. Cabrol



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